AAC – Savoirs spatiaux, au croisement des méthodes et des disciplines – Géocarrefour
Appel à contributions pour le numéro 101/2027 de la revue.
Date limite de réception des articles : 15 mai 2026
Cent ans, c’est le bon âge pour faire le point et dessiner les lignes de suite !
A l’occasion de cet anniversaire séculaire, Géocarrefour propose d’ouvrir large la revue à une réflexion sur la façon dont sont aujourd’hui pensés, conçus, organisés ou mis en œuvre des recherches et des travaux mobilisant des « savoirs spatiaux »…. et qui sont loin de concerner la seule géographie !
Cette revue, alors Revue de Géographie de Lyon, a explicitement participé, depuis ses origines en 1926, aux débats qui traversaient la discipline, en pleine période de structuration et de reconnaissance au sein des sciences humaines. Les géographes de la première moitié du 20ème siècle, à la croisée d’une production de savoirs et de besoins en termes d’aménagement et d’intervention territoriale, combinent différemment ces objectifs, selon leurs cultures nationales en particulier. C’est bien ici une ligne de partage significative entre Écoles ou paradigmes, qui concerne les relations entre démarche scientifique (la connaissance pour la connaissance) et intervention agissante. Donc, une certaine conception de la science, dont les enjeux contemporains sont assez analogues.
La discipline, dans ses temps classiques (lato sensu fin 19ème – après seconde guerre mondiale) a ainsi cohabité avec des « périphéries » scientifiques et institutionnelles, celles d’autres savoirs et savoir-faire spatiaux. En mobilisant ici l’expression « savoir spatial », le présent appel, initialement conçu et positionné dans le périmètre géographique (anniversaire oblige !), souhaite mobiliser l’ensemble des sciences sociales (sociologie, anthropologie, études urbaines…) et des pratiques de la conception (aménagement, architecture, urbanisme, …) ou de l’expression artistique (chorégraphie, photographie, …). L’hétérogénéité même de cette liste et des appellations en montre assez les disparités statutaires.
Pour autant, leurs relations théoriques, pratiques ou notionnelles avec le champ des géographies disciplinarisées n’ont jamais fait l’objet de fortes mises au point sur ce qui était en partage. S’il est désormais ordinaire de considérer que le « spatial » excède de toutes parts le « géographique », et que le « spatial » modifie symétriquement les conceptions mêmes du « géographique », les deux catégories participent différemment de visées politiques, en termes d’apprentissages comme d’émancipation individuelle et/ou collective.
L’appel de ce numéro ambitionne donc précisément d’ouvrir la revue à cette réflexion disciplinairement plurilingue pour approcher et exemplifier les conditions qui président à ce qui se donne à lire comme un plus petit commun dénominateur.
L’actualité de la recherche a embrayé sur une conception renouvelée des manières de faire depuis les années 1990. La cohabitation sous forme d’emprunts occasionnels ou de regards croisés laisse la place à des conceptions beaucoup plus ambitieuses dans les rapprochements. Ainsi, à partir du substantif « espace », des géographes, des architectes, des aménageurs, des urbanistes, des chorégraphes, des plasticiens mobilisent conjointement « spatialisation » (sur et dans l’espace) pour explorer les phénomènes de différenciation et de répartition, ainsi que « spatialité » (avec l’espace) pour explorer ceux de la relationalité. Et ce, en partageant objets d’investigation et hypothèses de recherche.
Les collaborations s’étoffent aussi par le partage d’adossements théoriques, ainsi de l’exploration de l’échelle individuelle, expérientielle et sensible, philosophiquement pragmatiste. Tandis qu’au sein de chaque périmètre de recherche, les mutations du dernier demi-siècle qui sont à l’œuvre à la suite des tournants – linguistique, culturel, praxéologique, … et spatial – des collaborations neuves entre production de savoirs, compétences pratiques et performances artistiques (arts plastiques, spectacle vivant du théâtre ou de la danse) renégocient les limites entre science et non science, sur la ligne de faîte entre Arts et Sciences. Elles font valoir une pertinence renouvelée des savoirs de la pratique, comme levier, objectif ou expression d’une expérience porteuse d’un savoir spatial.
Dans ce contexte, notre appel à textes souhaite, à la fois, interroger la diversification des savoirs spatiaux mobilisés par des géographes : savoirs populaires, traditionnels, autochtones, endogènes, locaux, quotidiens, ordinaires mais aussi savoirs scientifiques et savoir-faire littéraires, picturaux, en particulier dans leurs enjeux conceptuels, théoriques, épistémologiques et donc politiques. Plus largement, ce sont les recours et les outillages conceptuels au travail dans d’autres champs de recherche et d’action que nous invitons à analyser : aménagement, urbanisme, architecture, paysagement, … Enfin, comme l’extension des cousinages avec des pratiques artistiques et/ou militantes y invite, il est important de saisir le passage d’une recherche qui privilégie une création/restitution de processus esthétiques, à l’aune non plus de concepts catégoriels mais de percepts immédiats et esthétiques, modifiant en profondeur les rapports entre le champ de l’opérationnel et du politique.
Enfin, il serait sans doute insuffisant de considérer ce moment et son actualité comme résultant simplement des croisements de dynamiques mobilisant les multiples « turns », ceux-là mêmes qui traversent et transversalisent les pratiques de la recherche et de la formation. Les tournants – spatial, culturel, praxéologique, pragmatique – sont évidemment situés. D’abord dans leurs contextes de mondialisation néolibérale, sur les horizons pluriels de la critique et jusqu’à la promotion des nouvelles économies de la connaissance. Ces dernières – dont les protocoles permettent l’obtention des financements – attendent en particulier de « l’interdisciplinarité » (ou « transdisciplinarité », ou « pluralité scientifique » …) qu’elle résolve des questions socialement vives ou des urgences environnementales, mobilisant des méthodologies ainsi que des boîtes à outils notionnels, conceptuels, perceptuels hétérogènes mettant à mal les limites héritées de pratiques et de disciplines. Les grands partages – science/esthétique, savoirs scientifiques-savoirs non scientifiques – sont aujourd’hui considérés comme miscibles, articulables et subsumables sous la considération de « savoir spatial ».
Il en résulte une pluralité de questionnements que Géocarrefour propose d’explorer sur le mode de la restitution d’expériences et de parcours de recherche, à partir de champs disciplinaires ou de pratiques différents, en mettant l’accent sur les effets de ces choix méthodologiques sur les appareillages théoriques ou conceptuels mobilisés. Les contributions pourront s’inscrire dans un des trois axes suivants, comme se situer à leur croisement … ou les déborder.


