En 2021, une association inspirée du mouvement de la transition de Rob Hopkins engage une recherche-action citoyenne nommée Saint-Germain en transition. Celle-ci est portée par des habitants « transitionneurs » d’une commune périurbaine du nord lyonnais qui souhaitent coopérer entre acteurs citoyens, institutionnels et universitaires pour « faire émerger à Saint-Germain-au-Mont-d’Or et sa région des manières de vivre ensemble résilientes répondant aux enjeux écologiques, économiques et sociaux actuels ».
Initiée en lien avec cette démarche, la présente thèse explore le potentiel méthodologique d’une recherche contributive pour répondre aux objectifs opérationnels et théoriques respectifs de ses parties prenantes. Faisant de ce territoire en transition son « territoire-laboratoire » et des outils du projet architectural ses outils de recherche, elle interroge de manière prospective le rôle transitionnel du projet. Elle repose en effet sur l’intuition que ce dernier constituerait un levier de transition : en tant que pensée transformative des spatialités, il permettrait de conscientiser les enjeux d’habitabilité future des territoires ; en tant que processus systémique, il offrirait des méthodes de conduite du changement ; et en tant qu’outil de projection, il pourrait narrer de nouveaux imaginaires désirables du futur.
La première partie engage un dialogue entre les théories du projet et celles de la transition, mettant en exergue la pertinence de leur fécondation réciproque pour agir dans le monde complexe et fluctuant du XXIe siècle. Les outils qui en émergent sont mobilisés dans la seconde partie pour modéliser les huit « terrains-laboratoires » composant le corpus de recherche. Ces derniers correspondent à huit initiatives de transition, issues d’un même socio-écosystème territorial et rencontrées au cours de l’observation participante. Espaces de réflexion et de mise à l’épreuve des hypothèses, ils mettent en lumière de nouvelles manières de cohabiter et de coopérer, expérimentées à l’échelle d’un village des Monts d’Or et de sa biorégion du Val de Saône aux modes de vie a priori peu durables. L’analyse de ces différentes initiatives citoyennes ou institutionnelles de transition, le récit de l’enquête ethnographique de la doctorante et des différentes expérimentations menées autour des outils du projet conduisent ainsi à l’élaboration de principes de transition remobilisables. Offrant des pistes théoriques pour faire évoluer le projet d’architecture vers un outil opérant et appropriable pour penser et conduire la transition, ces principes sont transposés dans la troisième partie en différents types de « transprojet ». Huit scénarios démonstrateurs, portant sur un lieu stratégique pour la transition du territoire, permettent enfin de mettre à l’épreuve la transférabilité de ces derniers.