Soutenance de thèse – « Les normes de l’habiter en question : enquête immersive sur l’habitat communautaire et léger en milieu rural » – Eva Nora-Couot – 10 septembre 2026 – ENSA Paris-Val de Seine
Résumé
Au sein de l’ « archipel résidentiel », il arrive de croiser des habitats aux formes et à l’organisation hors-normes, imaginées par des citoyen·nes insatisfait·es de l’offre uniformisée et normalisée du secteur du logement (Fijalkow et Maresca, 2022). L’une d’elles en particulier, qualifiée juridiquement depuis 2014 de « résidence démontable constituant l’habitat permanent de leurs utilisateurs » (loi ALUR, article R. 111-51) mais plus communément désignée par les terminologies d’« écolieux », d’« écovillages », d’ « oasis », ou plus récemment selon l’association éponyme de « hameaux-légers », constitue le sujet de cette recherche. A la croisée de ces désignations plurielles et évasives, cette thèse propose un portrait des formes sociales et spatiales de ces habitats encore peu documentés et, à notre connaissance, jamais réellement quantifiée.
Ici abordés sous un angle contemporain et restreint au cas français, les habitats qui font l’objet de cette recherche sont communautaires, intentionnels (Lallement, 2019) et s’établissent en milieu rural. Ce sont des lieux de vie, composés d’espaces communs auto-construits ou auto-rénovés à partir de bâtisses anciennes, et d’espaces privés pour lesquels l’habitat dit « léger » apparaît comme le choix majoritaire. Souvent pensées sous l’égide de l’innovation, les communautés d’habitant·es qui s’y installent s’inscrivent en réalité dans une continuité d’expériences antérieures et internationales, faisant notamment écho aux mouvements occidentaux du « back-to-the-land » (Halfacree, 2007) et de leur version française, le « retour à la terre » survenu dans l’après mai 68 (Hervieu-Léger et Hervieu, 2023).
Quel que soit leur effectif réel, ces habitats, par leurs formes et les modes d’habiter qui s’y déploient, interrogent les normes sociales, aménagistes et constructives de l’habiter et suggèrent des aspirations et des besoins auxquels le secteur de l’habitat ne répond pas. Qui sont les « aventuriers du quotidien » (Bidou-Zachariasen, 1984) de l’habitat communautaire et quels éléments (dans les parcours et expériences individuelles, professionnelles, résidentielles, etc.) sous-tendent ces choix de vie ? Comment ces groupes s’organisent-ils, tant en matière de vie collective que du point de vue de la matérialité et de la spatialité de leurs lieux de vie ? Quels rapports entretiennent-ils avec leurs territoires d’implantation, la vie locale et les milieux au sein desquels ils s’établissent ?
Pour répondre à ces questionnements, nous mobilisons une approche immersive et multi-située ; employant une pluralité d’outils méthodologiques de l’observation participante à l’entretien semi-directif en passant par la cartographie participative, la photographie et le dessin. En se concentrant sur trois terrains d’études dans trois territoires ruraux en France, nous souhaitons ainsi apporter un éclairage sur les formes socio-spatiales que ces habitant·es expérimentent. La thèse se consacre d’abord à l’exploration de l’histoire des groupes, des lieux et des habitant·es qui s’y installent. Nous rentrons ensuite dans la fabrique de l’espace, partant des idéaux pour y confronter les réalités d’usage de la vie communautaire. Enfin, nous élargissons l’échelle à celle du territoire vécu pour interroger les rapports avec le territoire d’implantation et les formes de relations qui se déploient au sein des milieux vivants.
S’inscrivant au sein d’un parcours d’ingénieure-urbaniste des Travaux Publics de l’Etat (ITPE), cette thèse en aménagement trouve son origine dans une réflexion sur les politiques publiques de l’aménagement et de l’habitat. En confrontant une réalité de terrain, marginale mais significative, à l’appareil normatif qui encadre l’habitat, cette thèse cherche à construire une posture professionnelle à la rencontre entre l’action publique et la recherche en sciences humaines et sociales.
Jury
Christophe Imbert, professeure HDR à l’Université Rouen-Normandie (rapporteur)
Nicole Roux, professeure HDR, à l’Université de Bretagne Occidentale (rapportrice)
Florence Bouillon, maîtresse de conférence, Université Paris 8 (examinatrice)
Cyria Emelianoff, professeure HDR, Université de Rennes 2 (examinatrice)
Denis Martouzet, professeur HDR, Université de Tours (examinateur)
Béatrice Mésini, chargée de recherche CNRS (examinatrice)
François Ménard,ex-secrétaire permanent du PUCA (membre invité)
Sabrina Bresson, maîtresse de conférence, ENSA Paris-Val de Seine (co-encadrante)
Yankel Fijalkow, professeur HDR, ENSA Paris-Val de Seine (directeur)


